mercredi 30 juillet 2008

La nuit du berger


Par une nuit d'été, un berger gardait son troupeau dans les alpages. Venant comme dans un rêve, une jeune femme se dirigea vers lui et lui donna trois petites perles. Il la regarda et la trouva très belle. Il lui demanda qui elle était en refermant ses doigts sur ce présent. Elle lui répondit simplement : " Jamais le ciel ne m'était paru si profond et les étoiles si brillantes." Puis la jeune femme disparut. Le berger ouvrit sa main. Les trois petites perles brillaient de mille feux. Il s'assit sur un rocher et regarda son troupeau. Il faisait nuit noire et il ne pouvait plus dormir. Les bêtes faisaient crier les foins fraîchement coupés et bêlaient dans leur sommeil. Il se jeta sa peau de bique sur les épaules et réfléchit longtemps.

Si vous n'avez jamais passé la nuit à la belle étoile, vous ne savez pas alors qu'à l'heure ou nous dormons un monde mystérieux s'éveille dans la nature, la solitude et le silence. Alors les ruisseaux deviennent torrents, les rivières chantent plus claires, les étangs allument sur leur nénuphars des petites flammes nommées lucioles. Tous les esprits vont et viennent librement laissant percevoir dans l'air comme des frôlements, des bruits imperceptibles, comme si on pouvait entendre les branches des arbres grandirent, l'herbe poussait. Le jour, c'est la vie des êtres ; la nuit, c'est la vie des choses. Quand on n'en a pas l'habitude, cela fait peur...

Aussi notre berger pourtant habitué à ses nuits de solitude frissonna et regarda autour de lui au moindre bruit. Soudain un cri long et mélancolique partit de l'étang qui luisait plus bas monta vers lui en ondulant. Au même instant une étoile filante traversa le ciel au dessus de sa tête dans la même direction, comme si cette plainte qu'il venait t'entendre portait une lumière en elle. Il ressentit une chaleur au creux de sa main qu'il ouvrit rapidement. Les trois petites perles avaient disparues laissant place à trois gouttes d'eau. "Que se passe-t-il enfin", pensa notre pauvre berger se rappelant les vieux contes du pays. " Cela doit être une âme qui entre au paradis." Il fit le signe de croix et les trois gouttes d'eau perlèrent sur son visage et formèrent une larme qui coula le long de sa joue rugueuse. Il resta la tête en l'air longtemps en se recueillant. Puis se leva, alla prés de ses bêtes et s'allongea dans l'herbe toujours en regardant le ciel et s'endormit.

Vivons au rythme de la nature sous une pluie d'étoiles et peut être saurons nous vivre avec harmonie parmi les nôtres.

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